Mise au point du Professeur Meessen sur l'affaire de l'humanoïde de Vilvorde

Publié le par Julien GONZALEZ

Dans mon livre "OVNI : le dossier des rencontres du troisième type en France", Franck Boitte a longuement exposé aux pages 304-308 la RR3 survenue en 1973 près de Vilvoorde en Belgique et sur laquelle il a personnellement contre-enquêté en 1978. Le Professeur Meessen, (qui a participé à l'enquête initiale sur cette affaire en 1974) estimant que certains des propos tenus par Franck Boitte à son encontre étaient faux et diffamatoires à son égard, m'a fait parvenir cette lettre ouverte que je reproduis ici intégralement sous forme de droit de réponse.

 

Lettre ouverte à Monsieur Franck Boitte,

 

Je vous écris au sujet du cas de l’humanoïde Vilvorde, que vous considérez comme étant un des plus captivants ou fascinants (enthralling) jamais enquêtés par la SOBEPS (1). Je rappelle pour d’autres personnes qu’il s’agit d’événements qui se sont produits en décembre 1973 et que la première enquête fut réalisée par Jean-Luc Vertongen et Yves Vézant. Ce cas semblait tellement extraordinaire que je fus invité par le Secrétaire Général de la SOBEPS, Lucien Clerebaut, à participer à une seconde entrevue avec le témoin. Je me suis rendu avec mon épouse au domicile du témoin, où nous avons rencontré Jean-Luc Vertongen et Maurice de San. À un moment donné, ils commentaient entre eux ce que le témoin nous avait raconté et c’est au cours de cette interruption que mon épouse et à moi, nous avons eu l’occasion de parler avec le témoin un peu à l’écart des autres. Je me souviens très bien que je lui ai demandé s’il lui était arrivé de voir d’autres choses extraordinaires. Il nous a alors raconté qu’il avait vu le Christ avec une couronne d’épines.

 

Quand nous avons quitté la maison, il y eut un échange d’idées avant de rejoindre nos voitures respectives, afin d’échanger nos impressions et pour évaluer ce cas. Monsieur de San était enthousiaste et élaborait des théories, afin d’expliquer ce qui semblait s’être passé. Pour moi, cette histoire était atypique et non crédible, puisqu’il aurait fallu pouvoir rendre compte des forces adhésives par rapport à un mur en brique et de l’attitude horizontale de l’humanoïde quand il escaladait ce mur simplement en marchant. En outre, mon épouse et moi, nous avons fortement insisté sur ce que nous venions de découvrir. Monsieur V. M. avait déjà eu des hallucinations ou des « visions », si vous préférez.

 

Pour nous, il était évident que cela mettait radicalement en cause la crédibilité de son récit en ce qui concerne cet humanoïde et son comportement. On savait maintenant qu’il avait effectivement une faculté de « visualisation » semblable à celle que nous connaissons tous par nos propres rêves. Ce qui était différent, c’est que Monsieur V. M. avait la faculté d’avoir des « rêves éveillés. » Nous avons donc clairement déconseillé et insisté pour qu’on ne publie pas ce cas comme si c’était une « observation » d’ovni ou une rencontre rapprochée réaliste. Cela ferait du tort à l’ufologie. Or, il importe de faire déjà le tri au niveau de l’enquête entre ce qui est réel ou du moins vraisemblable et ce qui ne l’est pas.

 

Le rapport d’enquête initial fut pourtant publié (2) après notre visite, et cela sans la moindre mention de ce que nous avions découvert et dit de suite à Jean-Luc Vertongen. Mon épouse et moi, nous en étions choqués et j’en ai parlé à Lucien Clerebaut et peut être aussi au rédacteur du rapport. Le numéro suivant de la revue Inforespace nous apprit qu’il y eut des réactions défavorables (3), mais ce que nous avions appris du témoin était encore toujours passé sous silence. Il y a environ cinq ans, j’en ai encore parlé à Jean-Luc Vertongen et je lui ai proposé de refaire l’enquête à deux.

 

1 Franck Boitte : email du 29 juin 2011, adressé à EuroUfoNet.

2 Jean-Luc Vertongen : L’humanoïde de Vilvorde, Inforespace n°18, 16-21 1974.

3 Jean-Luc Vertongen : L’humanoïde de Vilvorde : le mal-aimé, Inforespace n°19, 28, 1975.

 

Vous, Monsieur Boitte, vous avez refait une enquête approfondie et décrit ce que vous avez découvert (4). Je vous en remercie, puisque je comptais le faire moi-même, après avoir attendu assez longtemps pour qu’on puisse vérifier s’il y avait des altérations significatives des données antérieures. Vous avez effectivement confirmé ce qui était essentiel à mes yeux. Vous avez même fourni une transcription détaillée de la conversation que vous avez eue à cet égard. Il y eut aussi d’autres précisions, mais une seule différence significative est apparue par rapport au récit antérieur : « le casque transparent qui entourait la tête de l’humanoïde, comme le ferait un bocal, a disparu. » Avez-vous demandé des explications à cet égard ?

 

Vous n’étiez manifestement pas au courant de ce que j’avais dit à Monsieur Vertongen, mais vous saviez que j’avais émis un avis négatif. Comme tout enquêteur consciencieux, vous auriez donc dû (et facilement pu) prendre contact avec moi et vérifier pourquoi je l’avais fait. Je suis particulièrement choqué de vos propos, publiés récemment (5) : « Le professeur A. Meessen, [qui s’est] rendu sur les lieux en compagnie de deux autres membres de la SOBEPS, estima à la fois cette histoire bien trop incroyable et fantastique et que le témoin était d’un niveau social insuffisant, ce qui ne le rendait pas publiquement présentable.” En conséquence de quoi, il refusa dès lors de s’impliquer plus en avant dans cette affaire. »

 

Je proteste vivement, parce que c’est faux et diffamatoire ! Le second argument ne correspond pas du tout à la vérité, or c’est lui qu’on retiendra et que chacun trouvera injuste et révoltant. Il est tout à fait contraire à mes principes de déprécier un témoin pour quelque raison que ce soit. J’ai au contraire beaucoup de respect pour toute personne, sans considérer son statut social, mais il faut qu’on s’en tienne à la vérité. À cet égard, je considère que le témoin est honnête et j’apprécie même beaucoup sa franchise. Monsieur V. M. nous a fourni la possibilité de nous rendre compte du fait qu’il a la capacité assez rare d’avoir des épisodes de rêves éveillés sans même s’en rendre compte. Quand on fait de l’ufologie, on doit être averti du fait que cela est possible. On doit surtout veiller à ne pas mélanger les genres ou contribuer à l'effacement des frontières entre la réalité (perceptible par un ensemble de moyens) et ce qui appartient au domaine de l’imaginaire, sans y ajouter ou suggérer des interprétations erronées.

 

Je relève quand même, Monsieur Boitte, ce qui était positif dans votre démarche. En 1978, vous disiez : « ma conviction d’enquêteur est que ce témoin décrit honnêtement des phénomènes auxquels il est persuadé avoir été mêlé. » Je suis d’accord avec vous, puisque Monsieur V. M. a parlé a franchement à nous deux de ce que vous appelez « un des éléments dérangeants de ce dossier. » Huit ou neuf ans avant de « voir » l’humanoïde dans son jardin, il avait déjà vu « une sorte de disque lumineux qui jetait des rayons au milieu desquels se trouvait un visage. » C’était « le visage du Christ » ou du moins celui d’une personne qui « avait une couronne d’épines autour du front et ressemblait au Christ, tel qu’on le présente. » Le témoin dit aussi qu’il a reçu « un message… télépathique. » Cela se passait également en hiver, mais vers minuit au lieu d’environ 2 heures.

 

4 Franck Boitte : L’humanoïde de Vilvorde, cinq ans après, Inforespace n°40, 6-11, 1978.

5 Franck Boitte : Catalogue général des Rencontres du Troisième Type survenues en Belgique, in OVNI le dossier des rencontres du troisième type en France, Julien Gonzalez, 2010, 350 pages, voir : Vilvorde (Bruxelles)-Brabant- 08 ?.12.1973 – 02h00 à 02h05 –E (p. 304-308).

 

Monsieur V. M. venait d’assister à une réunion, où il y eut une « dispute » entre des mormons et des protestants. Cela l’avait énervé et il ressassait mentalement ce qui s’était passé et qui pouvait le concerner lui-même. Certaines personnes sont capables de s’assoupir tout en marchant ou agissant comme s’ils étaient conscients. C’est que leur système musculaire n’est pas déconnecté dans leur cerveau, comme cela se passe normalement quand on dort. C’est bien connu pour les somnambules, mais a également fait l’objet d’études scientifiques poussées (6). La problématique de la cohérence des rêves éveillés est d’ailleurs liée au problème des « personnalités multiples » et donc un domaine de recherche très important. Le phénomène des représentations eidétiques qui produisent des images ou sensations vives et détaillées, d’une netteté hallucinatoire, sans dérangement psychopathologique, est relativement fréquent chez des enfants et des adolescents, mais il peut survenir aussi chez des adultes. Il a fait l’objet d’études assez poussées et intervient dans l’interprétation des phénomènes d’apparition religieuse (7). On peut parler d’états de conscience altérés, comme dans l’hypnose. Les rêves éveillés peuvent même prendre des proportions tellement importantes qu’ils font penser à des sorties du corps (Out of Body Experience) ou à un voyage astral. Il n’y a aucune raison pour déprécier le témoin V. M. d’avoir la faculté de rêver debout, même en marchant. Ce n’est que l’interprétation erronée de ce genre de cas qui est dangereuse.

 

D’autres événements que vous rapportez, Monsieur Boitte, impliquent seulement l’ami qui logeait chez Monsieur V. M. Ces données ont cependant de l’importance, puisqu’ils peuvent être attribués à un climat propice à l’imagination, bien que certains soient prêts à leur accorder une interprétation paranormale. Heureusement, vous êtes resté assez prudent par rapport aux positions extrêmes, où l’on rejette tout (y compris le phénomène ovni) ou accepte n’importe quoi (en confondant le psychisme du témoin avec celui d’êtres supposés être dotés de pouvoirs magiques). Vous vous demandiez à juste titre, « quelle est la part d’objectivité et de subjectivité » qu’on peut attribuer au cas de Vilvorde. Cela s’applique aussi à d’autres cas, non encore décantés, mais analysons de plus près ce qui se présente à nous.

 

Le témoignage que vous avez recueilli fournissait déjà de bons indices pour ne pas prendre ces données au premier niveau. Le témoin vous a dit (4) : « J’avais l’impression d’être au cinéma. » Que se passe-t-il dans nos rêves à cet égard ? Nous synthétisons une réalité au moyen des mêmes mécanismes neuronaux qui nous permettent aussi de nous remémorer une scène, en reconstituant des activités cérébrales assez semblables à celles qui existaient au moment de la perception initiale. La seule différence est que pendant le sommeil, un plus grand nombre de barrières sont levées. Si l’évolution a sauvegardé les mécanismes qui permettent aux animaux et aux humains de rêver, c’est que cela doit avoir une fonction. J’ai proposé lors d’une conférence dans un institut de recherche interdisciplinaire que cela sert à maintenir l’unité fonctionnelle du cerveau : il importe d’éviter le fractionnement de l’unité opérationnelle du cerveau. Elle conduirait à l’apparition de personnalités multiples. C’est également très utile pour les artistes et toutes les personnes qui ont besoin de créativité. Certains poètes et surtout des musiciens, sentent surgir en eux ce qu’ils vont produire. Dans le temps, on parlait parfois d’auteurs inspirés, mais aujourd’hui, on appellerait cela plutôt de l’intuition.

 

6 Michel Jouvet: Le rêve. La Recherche, 46, 515-527, 1974 ; Le sommeil et le rêve. Odile Jacob, 1992.

7 Auguste Meessen : Apparitions and miracles of the Sun, http://www.meessen.net/AMeessen/MirSun.pdf

 

Le témoin a « vu » ce qu’il a raconté à partir de la cuisine (2), en y avançant dans l’obscurité avec une lampe-torche, parce qu’il voulait se rendre aux toilettes situées à l’extérieur de la maison. Il perçut alors « à la gauche du rideau, obturant la fenêtre, une clarté verdâtre en provenance du dehors... Il se dirigea vers la fenêtre, en écarta le rideau et découvrit alors un spectacle déconcertant. » Il n’était pas encore entièrement réveillé et nous pouvons admettre qu’il a pu voir dans son esprit un humanoïde en action. Il vous a même dit (4) : « Il est possible que si j’étais sorti pour le toucher, ma main serait passée à travers, je n’en sais rien. Il est possible qu’il s’agissait seulement d’une image en relief transmise de très loin. »

 

Il s’est donc bien rendu compte du fait que ce qu’il a vu n’était pas nécessairement matériel, mais il a interprété ce sentiment comme pouvant avoir une explication sur le mode de la Science-fiction. Il s’attendait à ce qu’il y ait une réponse de la part de l’humanoïde quand il dirigea vers lui le faisceau de sa lampe-torche. Cet être aurait alors formé le signe V avec deux doigts de sa main droite pour signifier la paix, ce qui fut expliqué en remontant au temps du Christ. Cela devait le rassurer, mais c’est le signe usuel d’une victoire attendue. L’escalade du mur est fantaisiste, mais relie l’idée que cet être marchait simplement avec celle qu’il devrait partir en soucoupe volante. Celle-ci était supposée fonctionner comme les fusées. Donc, il imagina (3) « trois feux alignés horizontalement… et des gerbes d’étincelles semblables à celles d’une pierre à briquet. » Pour concrétiser tout cela, je reproduis les belles illustrations, extraites du rapport initial (2). Elles appartiennent au domaine public, mais ne sont pas accessibles à chacun.

 Vilvorde

J’espère que ce qui précède pourra aider à dissiper certains brouillards qui pèsent encore sur l’ufologie. Il importe aussi qu’on se limite dans les publications à des cas d’observations d’ovnis, dont la réalité a été vérifiée le mieux possible. J’attends surtout, Monsieur Franck Boitte, des explications et des excuses de votre part pour les déclarations fausses et diffamatoires que vous avez proférées à mon égard. Je m’adresse en même temps à Monsieur Julien Gonzales qui diffuse vos propos calomnieux.

 

Salutations sincères,

 

Pr. Auguste Meessen Le 24 octobre 2011

 

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